Un être à part entière
Le libre choix
De notre point de vue, la motivation de l’enfant/adolescent est une condition sine qua non pour s’engager dans une thérapie. Suite au bilan initial, nous laissons donc le choix à l’enfant/adolescent d’entamer ou non dans un suivi, et nous le sensibilisons au fait que nous entendrons et respecterons ce choix.
Selon notre expérience, la plupart du temps, l’enfant/adolescent décide de commencer une thérapie. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il se sent libre. Comme Colin (10 ans), qui est arrivé au cabinet en mettant les pieds au mur mais qui, après la séance de bilan, a couru vers sa mère en criant : « Maman, maman : c’est la première fois qu’on me laisse choisir ! » Colin a participé à des groupes thérapeutiques pendant 4 ans. C’est également sur sa décision (une décision réfléchie et anticipée, qui a fait l’objet de plusieurs séances pour l’aider à mettre des mots sur ses apprentissages et à dire au revoir au groupe), que la thérapie s’est interrompue.
Laisser le libre choix à l’enfant, pour débuter comme pour terminer un suivi, c’est lui offrir l’occasion de s’écouter, d’identifier son ressenti et ses besoins, de les communiquer et de se positionner, c’est le considérer comme un être à part entière, le responsabiliser, mais c’est surtout lui faire confiance, lui donner le message que nous lui faisons confiance et l’aider à gagner confiance en lui.
Un enfant/adolescent qui choisit d’être ici s’investit dans la thérapie. Il y trouve et y met du sens, accepte et relève les défis, peut rentrer dans des apprentissages et s’inscrire dans des relations significatives (avec le/s thérapeute/s, avec les autres patients). Ces paramètres sont essentiels afin qu’il puisse vivre cette expérience d’aide de manière positive, dans un cadre choisi et sécure. Contraindre un enfant/adolescent va à l’encontre de nos valeurs… Puisque forcé, il risque de consacrer toute son énergie à la mise en place de mécanismes de défense (fuite, évitement, autosabotage, etc.) pour fuir l’activité, la relation et ainsi s’éloigner des objectifs thérapeutiques.
Pouvoir choisir de venir implique également de pouvoir choisir de terminer, et donne l’opportunité de bien terminer. De dire au revoir. Et dieu sait si les au revoir sont nécessaires. Bien finir ici permet de bien commencer ailleurs, c’est l’une des clés pour généraliser ses apprentissages, pour oser s’engager dans d’autres relations, d’autres expériences.
Le plaisir et le jeu
Le plaisir et le jeu sont au cœur de notre intervention parce que les enfants apprennent en jouant. Grandissent en jouant. L’espace thérapeutique est conçu pour que les séances soient vécues positivement par nos patients, dans un cadre rigoureux, spécifiquement aménagé à leurs besoins. Dans notre cabinet, l’atteinte des objectifs emprunte le chemin du plaisir, de l’humour, de la créativité, de l’engagement, du défi (en lien avec les ressources du patient) et de la complicité relationnelle. Chaque enfant/adolescent est reconnu dans sa singularité, apprécié et reconnu dans ses particularités.
À l’abri des écrans
La relation humaine et la communication sont, pour nous, des valeurs fondamentales. C’est pourquoi, dans notre cabinet, l’usage du téléphone est interdit. Pendant la séance, les parents sont invités à quitter le cabinet. Nous les encourageons en effet à s’octroyer quelques minutes pour aller se balader, boire un café ou faire des courses (et non pour rester en salle d’attente avec un téléphone à la main ; un téléphone qui, rappelons-le, est un danger pour le développement de l’enfant sur les plans moteurs, cognitifs, langagiers, sociaux et affectifs. Montrons-leur l’exemple : éteignons nos écrans. Parlons et jouons avec eux !).
La salle d’attente est d’ailleurs un espace réservé aux enfants/adolescents, dans l’idée de leur apprendre à s’autonomiser : se séparer de leurs parents, se dés/habiller seul, attendre, interagir avec les autres patients, etc.
Le bon moment
L’ergothérapie, telle que nous la pratiquons, n’est pas une mesure d’urgence mais un accompagnement thérapeutique à un moment opportun; c’est-à-dire à un moment où l’enfant non seulement veut mais peut investir la thérapie, s’étalant parfois sur plusieurs mois ou années.
Ce moment opportun, ainsi que l’engagement de l’enfant/adolescent, la relation et le cadre l’aident à renforcer ses ressources, sa personnalité, à relever des défis, à développer de nouvelles stratégies (occupationnelles, relationnelles, etc.) et faire face à ses difficultés.
Le chemin est parfois long, les progrès symboliques mais humainement essentiels. Un enfant entendu et soutenu gagne en confiance et a ainsi plus de chances d’apprendre, de développer son autonomie et de s’épanouir dans la vie, tant au niveau personnel que social.
« Les enfants sont des personnalités complètes, qui sentent plus qu’elles ne savent. Mais qui sont des personnalités complètes. »
Simone de Beauvoir